Suite à une erreur d'assurage lors de la séance du 9 juin, je souhaitais partager un retour d'expérience afin de sensibiliser chacun·e aux risques et ce qui peut être fait pour les réduire.
Description de l'événement
Chute de la grimpeuse entre la deuxième et troisième dégaine (4 mètres), sans retour au sol. L'assureur, distrait a été surpris.
Aucune blessure physique. Impact psychologique.
La cordée
La cordée est composée d'un assureur et d'une grimpeuse, grimpant ensemble depuis un peu plus d'un an ensemble. Il y a une confiance mutuelle sur l'assurage, malgré un écart de poids d'environ 20 kg (assureur plus lourd), ce qui est aux limites de ce qui est recommandé.
L'assureur
Fatigué par la journée, il sait qu'il doit redoubler de vigilance sur son assurage, en particulier sur des voies dans le niveau max de la grimpeuse. Il assure avec un système d'assurage Neox.
La grimpeuse
Fatiguée également par la journée mais elle arrive à grimper dans son niveau max en tête. Elle a averti son assureur qu'elle n'aimait pas trop la voie, mais celui-ci, à cause de la fatigue, n'a pas pris en compte la remarque avec suffisamment de rigueur.
Ce qui a conduit à l'événement
L'arrivée d'un ami a distrait l'assureur le temps de lui dire bonjour, l'échange a duré quelques secondes de plus pour prendre une info. La grimpeuse, en légère difficulté entre la deuxième et troisième dégaine (4 mètres du sol au niveau du nœud d'encordement, quelques centimètres au dessus de la dégaine), a été quittée des yeux 5 à 10 secondes, c'est à ce moment qu'elle chute et est arrêtée, par chance, les pieds à 50 centimètres du sol.
Conséquences de la chute
Aucune blessure physique sur le grimpeur ni sur la grimpeuse. En revanche l'impact psychologique, qui paraissait relativement petit, a pris plus d'importance après. L'assureur se refaisant les événements mentalement pour comprendre où était son erreur, la peur l'a envahi et il a fallu quelques minutes pour se remettre ensuite. La grimpeuse, a priori pas impactée a eu peur sur des mouvements qu'elle connaissait et avec peu d'engagement, lorsqu'elle est retournée essayer la voie.
Une petite session de chute, maîtrisée cette fois-ci, a été réalisée juste après afin de débloquer le mental. La session s'est bien passée.
Les pistes d'amélioration afin de limiter les risques
Concernant la fatigue de l'assureur, il aurait été préférable qu'il prévienne sa partenaire afin de ne pas aller dans son niveau max. Au sujet des échanges au pied du mur à quelqu'un qui assure, le retarder aurait permis de rester concentré sur la grimpeuse et ainsi maîtriser la chute. "Sécher" plutôt que dynamiser les chutes jusqu'à au moins la troisième dégaine permet d'éviter les retours au sol.
La grimpeuse pouvait, si les conditions le permettaient, avertir son assureur de son éventuelle chute afin que celui-ci redouble d'attention.
Ce qui a évité les blessures
Le facteur chance est certainement entré en jeu. Mais on ne peut pas compter sur la chance à chaque fois pour s'en sortir. Aussi, l'expérience et l'anticipation de l'assureur a permis d'éviter les blessures. Notamment : ne pas se tenir dans le couloir de chute (sous la grimpeuse), ainsi elle est tombée à côté et non sur lui. Se tenir proche du mur a évité d'ajouter de la corde dans le système. Tenir le brin mort de la corde (la corde à la sortie du frein, retombant au sol) a permis l'enclenchement du freinage assisté du Neox et l'arrêt de la chute. Cependant, l'enclenchement du mécanisme a été retardé, il a fallu quelques tours de roue avant l'enclenchement total, sans doute dû à l'élasticité de la corde. Ne laisser aucun mou entre l'assureur et la grimpeuse a contribué à éviter le retour au sol.
Points essentiels à retenir
- Constamment se tenir proche du mur
- Ne pas laisser de mou dans le système jusqu'au moins le troisième point
- Éviter les interactions lorsqu'on assure
- En tant que spectateur, ne pas déranger un assureur
- Tenir le brin mort constamment et fermement
- Redoubler de vigilance en cas de fatigue, voire renoncer à assurer (et laisser assurer une autre personne)